Courts récits, nouvelles, histoires

De Andrea Mucciolo

Traduction de Daniela Manna


On ne peut pas !

« Courage, il ne t’arrivera rien ! » répéta-t-elle essayant de convaincre l’homme.
« Je ne sais pas » répondit-il, plus dubitatif qu’avant.
« Allons, on m’a rassurée qu’il ne nous arrivera rien de mal. Je me sens déjà mieux ».
« Qui t’as rassurée ? demanda-t-il.
« Un ami » répéta-t-elle.
« On ne peut pas, tu le sais bien. Laisse tomber » déclara-t-il, essayant de donner à sa voix une sûreté laquelle, par contre, lui manquait totalement.
« Pourquoi as-tu peur ? N’as-tu pas confiance en moi ? »
« Ce n’est pas ça… on ne peut pas c’est tout, n’insiste pas » affirma-t-il.
« En voilà assez, si tu m’aimes vraiment, fais-le ! sinon cherche-toi une autre amie, et je t’assure mon cher que ce sera très difficile pour toi de la trouver ! » dit-elle énergiquement.
L’homme ne répondit pas, immobile, pensif, absorbé. Non, il n’aurait jamais pu renoncer à cette femme, même s’il ne l’avait pas encore vue.
« D’accord, je le ferai » assura-t-il avec mille inquiétudes
« Bravo mon chéri » dit-elle souriante
L’homme de ses mains tremblantes, lentement, prit la pomme des mains de la femme et la mordit.
Dès ce moment là, la chute de l’humanité commença.


Est-ce que vous voulez fermer cette damnée fenêtre, s’il vous plaît ?

Aristide Archibugi se reposait confortablement dans le compartiment du train. Un jeune homme interrompit sa solitude.
« Est-ce que cela vous dérange si j’ouvre la fenêtre ? » demanda-t-il le nouveau venu et, sans attendre la réponse, baissa la vitre. Un vent froid entra dans le compartiment.
« Oui, ça me dérange ! » s' exclama Aristide. Le jeune homme s’assit, ignorant les réclamations de son compagnon de voyage.
« Vous êtes vraiment impoli ! », continua Aristide, et il se leva pour fermer la fenêtre. Dès qu’il reprit sa place, le jeune homme se leva pour l’ouvrir.
« Il fait trop chaud » ajouta-t-il tranquillement. Aristide le regarda quelques secondes, puis se leva, referma de nouveau la fenêtre et, regardant le jeune homme dans les yeux dit : « Garçon, vous ne pouvez pas faire comme vous voulez, et si vous persévérez dans cette attitude insolente, je m’adresserai à la sécurité ». Le jeune homme rit aux éclats, secoua la tête plusieurs fois et se leva et l’ouvrit. Aristide, fou de rage, brailla : « est-ce que vous voulez fermer cette damnée fenêtre ?! » et la referma. Le jeune homme, en rien inquiété, alla vers la fenêtre et l’ouvrit : « J’ai besoin d’air. Beaucoup d’air » ajouta-t-il prononçant ces derniers mots avec emphase.  
« Ah…c’est de l’air que vous voulez ? et bien, vous aurez tout l’air dont vous avez besoin! ». Aristide, en un clin d’œil, prit le jeune homme sous les aisselles le soulevant du siège. Puis, avec toute la force de ses 120 kilos, l’entraîna vers la fenêtre ouverte. Le jeune homme opposa une résistance acharnée avec tous ses 60 Kilos, se démena, se cramponna, poussa des cris étouffés, inutilement. Aristide le souleva le plus haut qu’il pouvait et, commençant par la tête, le fit passer par la fente de la fenêtre, le fourra dans le tourbillon d’air qui, en quelques secondes l’engloutit. Aristide ferma la fenêtre, retourna à sa place, sortit une paire de lunettes de sa veste et se plongea dans la lecture du journal.

 

Malaise d’amour   
 

« Oh mon épouse aimée, qu’est-ce que tu désires de plus, la lune ? »
« Oui, je veux la lune ! » répondit-elle Giada
Ainsi, Ludovico alla tout en haut du ciel et captura au lasso la lune.
« Ah…que tu es lourde ! » exclama-t-il tandis qu’il la traînait vers le sol.
« Laisse-moi ! » répondit le satellite « je dois éclairer le ciel étoilé, si tu m’emportes, qui le fera ? pose-moi ! »
« Tais-toi lune, c’est un cadeau pour ma chérie. Dorénavant tu éclaireras elle seule». Finalement, Ludovico arriva chez lui, épuisé, fatigué et appela Giada.
« Regarde Giada, je t’ai apporté la lune ! »
« Oh Ludovico, mon amour…maintenant que je la vois ici, je m’aperçois qu’elle est vraiment laide, et pour rien lumineuse comme je croyais en la regardant dans le ciel…au revoir Ludovico j’irai chez quelqu’un qui me offrira le soleil… »
« Oh mensongère illusion du poète ! » éclata Ludovico.
Ludovico resta tout seul avec la lune renfrognée qui ne brillait pas.

Mesures extrêmes

Corps mince, allure craintive, Madame Fernanda, quatre-vingt-seize ans, veuve depuis cinq lustres, se hissait dans l’escalier.
« J’arrive, j’arrive ! » gueula-t-elle vers le téléphone retentissant.
« Allô ! »
« Allô, est-ce que j’ai le plaisir de parler avec Madame Fernanda Santullo ? »
« Oui ! »
« Bonjour Madame, je suis le directeur de la Sécurité Sociale, il y a une erreur de calcul de votre rente… nous sommes vos débiteurs, pourrais-je passer chez vous demain à 15 heures ? »
« Oui d’accord, merci ! » bredouilla-t-elle
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« Mais qu’est-ce que tu dis maman ?! Le directeur de la Sécurité Sociale vient chez toi pour te rendre de l’argent ? » répondit Mario l’aîné de Fernanda qui l’avait appelé à la menuiserie toute jubilante.
« Mais lui, il a dit qu’il y a une erreur dans le… »
« Oui, oui, j’ai compris… demain à 15 heures ? Ok »
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« Bonsoir Madame » l’homme traqué par un sous-fifre, posa certains dossiers sur la table de la cuisine.
« Alors, comme je l’ai précédemment annoncé, on va vous restituer l’argent qu’on a illégitimement retenu, toutefois, on a le devoir de vérifier le numéro de série des billets qu’on vous a distribués. Est-ce que vous auriez l’amabilité de nous les montrer un instant ?»
« Tout de suite »
Fulvio et Stefano, les deux neveux de Nanda, sortirent de la salle de bain, l’un armé d'une pioche l’autre de râteau.
Sergio et Giorgio, les deux petits-neveux de Nanda, sortirent de la chambre à coucher, l’un équipé d’une batte de baseball, l’autre d’une chaîne.
Enfin, Mario sortit des toilettes de service muni d’une scie électrique. Celui-ci était à la tête de la bande qui s' approchait des deux forestiers, ratatinés dans un coin, comme deux enfants égarés dans la forêt.
« Et maintenant savez-vous ce que vous arrivera, vrai ? » chuchota Mario avec une imperceptible grimace se penchant vers ses hôtes.